Comme énoncé en introduction, l’époque à laquelle Wáng Lǎng aurait évolué et créé le Tang Lang Quan est extrêmement imprécise et se situerait entre le Xe et le XVIIe siècle.
Cependant, les dates de naissances (plus ou moins certaines elles aussi) de ses successeurs permettent de retenir la période de transition entre la dynastie Ming et la dynastie Qing au XVIIe siècle.
Après la mort de Wáng Lǎng, le Tang Lang Quan fut préservé au monastère de Shaolin du Mont Lao pour une période indéterminée, jusqu’à ce qu’un moine taoïste du nom de Shēng Xiāo Dàoren (升霄道人) y vienne en visite. Interpellé par cette nouvelle boxe qu’il y découvrit, il demanda à rester auprès des frères qui lui transmirent le système complet.
Des années plus tard, Shēng Xiāo, devenu trop vieux pour s’entrainer, décida de transmettre le style à Lǐ Zhī Jiàn (李之箭), malgré la désapprobation des moines qui voulaient le tenir au secret.
Comme pour Wáng Lǎng, nous manquons d’informations concrètes sur l’existence de Shēng Xiāo, à qui l’on attribuerait également la création de Shiba LuoHan Gong, traité de Qi Gong encore pratiqué dans nos écoles à ce jour. Le personnage de Shēng Xiāo fait office de lien entre le créateur légendaire du style et sa première vraie figure historique.
LA CRÉATION DU QI XING TANG LANG QUAN
Lǐ Zhī Jiàn, originaire du comté de Haiyang dans le Shandong, était général de l’escorte impériale. Shēng Xiāo en fit son élève après l’avoir vu s’opposer courageusement à une horde de bandits, aux alentours de 1780 après JC. Lǐ Zhī Jiàn enrichit encore le bagage technique du Tang Lang Quan à partir de sa propre expérience martiale, pour fonder vers 1795 sa propre variante, aujourd’hui connue sous le nom de mante religieuse des 7 étoiles.
D’autres sources indiquent que Lǐ Zhī Jiàn serait né en 1821 dans le village de Pingdu, il est donc encore une fois difficile d’établir un profil historique précis.
Lǐ Zhī Jiàn transmit son enseignement à Wáng Yúnshēng (王云生). La légende raconte que ce jeune notable pratiquant le Chang Quan et le Ditang Quan, défia Lǐ Zhī Jiàn et perdit. Il le supplia alors de le prendre pour disciple, ce qu’il accepta.
Il semblerait que l’on doive à Wáng Yúnshēng une grande partie des formes actuelles du Qi Xing Tang Lang Quan, et, bien que bon nombre de manuels lui attribuent la paternité du style, notre Grand Maître Zhōng Liánbǎo le conteste formellement, considérant Lǐ Zhī Jiàn comme son vrai créateur.
Wáng Yúnshēng transmit le style à deux héritiers : Fàn Xùdōng (范旭东) et Wang Jie (qui n’eut pas d’héritier et dont la branche est aujourd’hui éteinte).
Fàn Xùdōng (né à Haiyang, date de naissance invérifiable entre 1840 et 1875 et date de décès aux alentours de 1936) commença son apprentissage auprès de Maître Wáng en 1894. Son physique très imposant lui valut le surnom de « Da Li » (Grande force). En plus du Tang Lang Quan, il était expert en Qi Gong et en paume de fer. Il gagna sa renommée internationale en battant tous les participants ainsi que le champion sibérien lors d’un tournoi de combat libre à Vladivostok. Une autre histoire plus folklorique raconte qu’il tua deux taureaux hostiles qui l’auraient attaqué dans un champ, l’un d’un coup de paume sur le crâne, l’autre d’un coup de pied dans les côtes.
Il fut le premier à enseigner le Qi Xing Tang Lang Quan dans une école ouverte à tous, dès 1901, ce qui permit la diffusion du style à plus grande échelle.
En 1918, il fut invité à Shanghai pour enseigner son style dans la célèbre école Jing Wu Hui, mais se sentant déjà trop vieux, il refusa et envoya l’un de ses élèves à sa place.
Fàn Xùdōng eut neuf disciples majeurs : Guō Jiālù (郭嘉禄), Yáng Wéixīn (杨维新), Lín Jǐngshān (林景山), Luō Guāngyù (罗光玉) , Xiào Shùbīn (肖树斌), Zhāng Yǒudé (张有德), Liú Yǒngchāng (刘永昌), Zhàoliàng Fǔ (赵亮甫) et Wáng Chuányì (王传义), le petit fils de Wáng Yúnshēng.
Jusque-là, le Qi Xing Tang Lang Quan ne s’était propagé que dans le Shandong, au Nord de la Chine.
C’est à partir de cette période que des généalogies précises sur les différentes lignées commencent à être établies.
Nous nous focaliserons désormais sur les deux branches qui nous concernent, à savoir celle de Maître Luō Guāngyù (罗光玉) pour la branche de Hong-Kong, et celle de notre Zōngshī Lín Jǐngshān (林景山宗师) pour la branche orthodoxe du Shandong.

Luō Guāngyù (1888-1944) était cordonnier dans sa jeunesse et débuta son apprentissage auprès de Fàn Xùdōng en 1908. En 1918, il fut envoyé par son Maître (qui, trop vieux, ne souhaitait pas quitter le Shandong) à Shanghai pour enseigner au sein de la prestigieuse Jing Wu Hui. Il fut rapidement respecté grâce aux victoires de ses élèves dans plusieurs tournois.
Il partit ensuite pour Hong-Kong, puis sillonna le Sud de la Chine pour propager et promouvoir le style. Réputé pour sa paume de fer et son talent en combat, il est considéré comme le père du Bei Qi Xing Tang Lang Quan (Boxe de la mante religieuse des 7 étoiles du Nord). Il retourna à Shanghai peu après l’invasion japonaise de Hong-Kong et mourut deux ans plus tard à l’âge de 56 ans. Ses descendants vivent désormais dans sa ville natale de Penglai, mais n’ont pas perpétué son enseignement.
Les élèves de Luō Guāngyù sont très nombreux, mais parmi les plus connus, nous pouvons citer Zhào Zhìmín / Chiu Chi Man en cantonais (赵志民) grâce auquel le style se répandit dans le monde entier, notamment via Maître Lee Kam Wing, ou encore Huáng Hànxūn (黃漢勛) qui publia une quarantaine d’ouvrages sur le Qi Xing Tang Lang Quan.
Lín Jǐngshān Zōngshī, le vénérable

Lín Jǐngshān est né le 4 octobre 1885 dans le village de Jiang Tuan, comté du Laiyang dans le Shandong, et y mourut le 1e juin 1971. Il fut adopté par Maître Fàn Xùdōng en tant que 3e disciple, et représente la 4e génération dans la transmission du Qi Xing Tang Lang Quan.
Issu d’une famille très modeste, il dût partir à l’âge de 14 ans pour Yantai chercher un emploi afin de l’aider financièrement. Il travailla en tant qu’ouvrier chez un maraicher non loin de l’école de Maître Fàn.
Lín était passionné d’arts-martiaux mais trop pauvre pour se payer des cours. A cette époque, le wushu faisait parti des quatre arts majeurs (aux côtés de la médecine, la littérature ou la musique) et les leçons, qui plus est auprès d’un Maître comme Fàn Xùdōng n’étaient pas à la portée de toutes les bourses.
Sur son temps libre, le jeune Lín épiait régulièrement les élèves de Fàn et les imitait secrètement. Au bout de quelques mois, le Maître s’en aperçut. Il convoqua alors le jeune homme et lui demanda de lui montrer les techniques qu’il lui avait « dérobé avec les yeux ». Malgré quelques lacunes, l’extraordinaire précision et la fougue dont il fit preuve suffirent à convaincre Fàn de le prendre gratuitement pour 3e disciple.
Il commença donc son apprentissage du Qi Xing Tang Lang Quan en 1902.
Lín Jǐngshān était de faible corpulence. Il mesurait moins d’1,65m pour environ 50kg, alors que la plupart de ses frères d’arme avoisinaient les 90kg. Cependant, aucun d’entre eux n’arrivaient à lui tenir tête en combat. Conscient de ses faiblesses, il travailla assidûment les techniques de déplacement. Extrêmement alerte, il excellait dans l’art d’avancer, reculer, esquiver, sortir de l’axe pour contre-attaquer de manière fulgurante. Son agilité était telle que ses frères le prirent rapidement pour exemple.
Il se distingua par son habileté à la lance, tant et si bien qu’il fut invité à Tianjin comme instructeur militaire auprès des officiers de l’armée du seigneur de guerre Qu Yupu, en cette période troublée qui aboutit à la fondation de la république chinoise et au Kuo Ming Tang de Chiang Kai Shek.
En 1915, Maître Fàn le rappela à Yantai et lui confia la responsabilité de son école, pour succéder à son frère aîné Yáng Wéixīn.
Yáng Wéixīn était un combattant redoutable et il fut impliqué dans un combat qui coûta la vie à deux pratiquants de Mei Hua Tang Lang Quan. Maître Fàn tenta de le faire libérer pendant plus d’un an et finit par réussir à payer sa caution. Il le congédia et l’envoya à Shanghai pour enseigner auprès de Luō Guāngyù à la Jing Wu Hui récemment créée.
Lín Jǐngshān hérita donc de l’école et commença à enseigner en 1915. Il put s’imprégner de toute la quintessence du Qi Xing Tang Lang Quan grâce à l’enseignement minutieux de Maître Fàn.
Il excellait en paume de fer (Tie Sha Zhang), dans la pratique des Luohan Gong, à l’épée de la mante (Tang Lang Jian), en bâton des six harmonies (Liu He Gun), à la lance de la fleur de prunier (Mei Hua Qiang), ou encore à la grande hallebarde du printemps et de l’automne (Chun Qiu Da Dao).
En 1929, il fonda à Yantai sa propre association, la Jǐngshān Martial Arts Society, qu’il dirigea jusqu’en 1966. Quelques années auparavant, il avait confié la tâche de l’enseignement à son successeur, notre Grand Maître Zhōng Liánbǎo (钟连宝).
Durant la période tumultueuse de la révolution culturelle, à la suite d’une faute commise par son fils aîné, il fut arrêté et envoyé en camp de rééducation pour ses liens avec les républicains. Zhōng Liánbǎo plaida sans relâche la cause de son Maître et, au péril de sa vie, réussit à le faire libérer.
Lín Jǐngshān se retira dans son pays natal en 1968 et y mourut en 1971.
Un épisode célèbre est celui où, après plus de 50 ans de pratique du Qi Xing Tang Lang Quan, il se présenta à l’école muni d’une pancarte sur laquelle était inscrit « 還得學 » (Hái dé xué / Il faut continuer d’étudier). Le Grand Maître Zhōng Liánbǎo adopta cette phrase et en fit la devise de l’école.
Le Grand Maître Lín Jǐngshān fut un model d’humilité et de dévotion au style. Ce sont ces mêmes valeurs dont a hérité le Grand Maître Zhōng Liánbǎo et dont nous pouvons tous profiter aujourd’hui.
« Il faut continuer d’étudier »
還得學
Hái dé xué
Le Grand Érudit Lín Jǐngshān (林景山宗师 / Lín Jǐngshān Zōngshī)
Sources : Livre Claudio Fabbricatore – Qi Xing Tang Lang Quan – La Mantide religiosa delle sette stelle
https://www.mantisboxing.com/history-of-qixing-tanglang.html
Livre : Luiz Leonardo De Sousa – The Three Mountains of Laiyang
Article : Claudio Fabbricatore – Lin Jing Shan Zong Shi – Il venerabile Maestro Lin Jing Shan

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